| Historique
Cas unique dans l'histoire
des bibliothèques françaises, la
fondation de la bibliothèque municipale
de Grenoble est due aux Grenoblois lettrés
qui lancent une souscription publique à
la mort de leur évêque, Jean de Caulet,
en 1771, afin de racheter sa riche bibliothèque
encyclopédique (34 000 volumes, parmi lesquels
de précieux manuscrits, des livres d'heures
et de nombreux ouvrages littéraires et
théologiques) pour en faire la première
bibliothèque publique. Ouverte dès
1772 dans l'ancien collège des jésuites
(actuel lycée Stendhal), elle est rapidement
enrichie des livres de l'abbaye de Saint-Antoine-en-Viennois.
A l'occasion des confiscations révolutionnaires,
elle recueille des collections saisies dans les
couvents de la région grenobloise, en particulier
les prestigieux volumes du monastère de
la Grande Chartreuse (3 500 volumes, dont 43 bibles
enluminées et ornées et plus de
200 incunables, les premiers livres imprimés).
Durant tout le
XIXème siècle, la bibliothèque
accroît régulièrement ses
collections et voit arriver des dons remarquables
: manuscrits de Barnave et de Mounier (révolutionnaires
dauphinois), dossiers de l'historien généalogiste
Guy Allard, et 60 volumes manuscrits de Stendhal,
point fort des collections avec le fonds de la
Grande Chartreuse. La tradition de dons à
la bibliothèque se poursuit depuis deux
cents ans et, ces dernières années,
sont arrivés dans les collections des documents
aussi divers que des reliures ornées, des
affiches, des manuscrits historiques ou littéraires.Trop
à l'étroit dans son premier bâtiment,
la bibliothèque municipale s'installe en
1872 dans le musée-bibliothèque
édifié spécialement pour
abriter les collections des deux institutions
sur l'actuelle place de Verdun. En 1970, elle
déménage à nouveau pour rejoindre
le bâtiment laissé vacant par le
départ de la bibliothèque universitaire,
boulevard Maréchal Lyautey. Une section
" étude et information " s'y
installe, comprenant le fonds ancien, dauphinois
et contemporain.
La particularité
de la bibliothèque de Grenoble réside
dans la distinction très suivie entre son
fonds ancien général et son fonds
ancien dauphinois.
Le
fonds ancien général
Le fonds ancien
est constitué de documents de plus de cent
ans d'âge. Il comprend des manuscrits, des
imprimés, des périodiques, des estampes,
des cartes, des monnaies et des objets.
Ce fonds a un caractère encyclopédique
marqué. Mgr de Caulet, dont la bibliothèque
a constitué l'embryon initial des collections,
avait cherché à acquérir
dans toutes les disciplines les ouvrages fondamentaux,
non seulement de son siècle, mais des siècles
précédents.
Les différents bibliothécaires qui
se sont succédé au XIXème
siècle, tout en privilégiant le
fonds dauphinois, ont travaillé dans ce
sens encyclopédique : à la fin du
XIXème siècle, l'ensemble des collections
de la bibliothèque de Grenoble se distingue
par l'étendue et la variété
des sujets concernés.
Cet équilibre encyclopédique est
peu à peu rompu, comme dans toutes les
bibliothèques de province, au cours du
XXème siècle, au profit des sciences
humaines, les bibliothèques universitaires
prenant parallèlement le relais pour les
sciences exactes. Cette tendance est accentuée
par la plupart des dons reçus qui se situent
principalement dans le domaine de l'histoire,
de l'histoire de l'art et de la littérature.
Le fonds comprend,
par époques :
20 000 manuscrits
706 incunables
8 000 ouvrages pour le XVIème siècle
80 000 ouvrages pour les VXII et XVIIIème
siècles
108 300 ouvrages pour le XIXème siècle
Le fonds dauphinois
La constitution
du fonds dauphinois ne remonte pas aux origines
mêmes de la bibliothèque municipale
de Grenoble en 1772. Lorsque les collections eurent
atteint une certaine ampleur et lorsque furent
reçus de nombreux dons d'érudits
et d'amateurs locaux relatifs au Dauphiné,
on eut l'idée au cours de la seconde moitié
du XIXème siècle de détacher
de l'ensemble des collections tous les documents
relatifs à l'histoire locale pour en faire
un fonds particulier, clairement distingué
du fonds général, cas tout à
fait original pour l'époque. Cette période
voit les premières manifestations d'un
mouvement qui se dessine en France en faveur des
études locales.
Les bibliothécaires
se sont attachés à rendre le fonds
dauphinois le plus exhaustif possible et à
rassembler tout document relatif au Dauphiné,
pris dans sa terminologie de province d'Ancien
Régime, que le document traite du Dauphiné,
qu'il y ait été édité
ou imprimé, ou que son auteur en soit originaire.
La province cède la place en 1790 aux départements
de l'Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes
; pour cette raison, tous trois sont représentés
dans les collections locales de la bibliothèque
de Grenoble. A la fin du XXème siècle,
le fonds dauphinois s'est recentré, pour
les nouveaux documents publiés, sur le
département de l'Isère et sur Grenoble,
en s'efforçant d'être le plus exhaustif
possible.
Durant les XIXèmes
et XXèmes siècles, le fonds dauphinois
s'est enrichi de manière substantielle,
grâce à de très nombreux dons
et aux achats réguliers faits par ses bibliothécaires,
en général à la parution
des documents. Certaines collections entrées
dans le fonds dauphinois sont aujourd'hui les
plus beaux fleurons de la bibliothèque
municipale : parmi elles le fonds de la Grande
Chartreuse, fruit des confiscations révolutionnaires
et le fonds Stendhal, formé, à l'origine,
des 60 volumes de manuscrits de l'écrivain,
augmentés d'achats réguliers de
manuscrits et d'éditions imprimées.
Ces deux collections font toujours l'objet d'enrichissements
suivis. Toute la vie de la province est représentée
dans le fonds dauphinois, où l'histoire
est toutefois prédominante avec les belles-lettres,
deux disciplines phares jusqu'à une période
relativement récente.
Aujourd'hui, le
fonds dauphinois est estimé à plus
de 200 000 documents, dont 12 000 manuscrits et
lettres autographes, 100 000 imprimés,
50 000 documents iconographiques.
Depuis les années 80, il a pris une orientation
nouvelle pour répondre aux besoins d'un
nouveau public : il développe une documentation
sur l'actualité locale, départementale
et régionale dans tous les domaines, vie
municipale, conjoncture économique, vie
culturelle… avec la constitution depuis
1982 de dossiers de presse dans ces domaines.
Les fonds dauphinois les plus remarquables, qui
contribuent largement à la notoriété
du fonds ancien de la Bibliothèque municipale
de Grenoble sont :
- Le fonds de
la Grande Chartreuse : fruit des confiscations
révolutionnaires, il est constitué
de 3 543 volumes, dont une grande partie de manuscrits.
Il contient 300 incunables avec l'unique exemplaire
de La Danse macabre de Guy Marchant et le Catholicon
de Gutenberg (1460). Le fonds est régulièrement
enrichi par des achats de documents sur la Grande
Chartreuse, parmi lesquels des pièces inconographiques.
- Le fonds Stendhal,
pièce maîtresse, fut constitué
à l'origine par les soixante volumes manuscrits
de l'écrivain donnés à la
ville par Madame Louis Crozet, veuve de l'ami
de Stendhal. Cet ensemble unique et en grande
partie inédit est composé de nombreux
brouillons de romans et d'essais d'importance
capitale : la Vie de Henry Brulard, Lucien Leuwen,
Lamiel, les Mémoires sur Napoléon
ou encore l'Histoire de la peinture en Italie
et les Souvenirs d'égotisme. Ces œuvres
restèrent dans l'ombre pendant plus de
vingt ans, jusqu'à ce que des Stendhaliens
les fassent progressivement paraître, lançant
ainsi les recherches stendhaliennes et contribuant
à faire découvrir le visage caché
de l'auteur du Rouge et le noir. Le fonds est
augmenté sans cesse par des achats d'autographes
et d'éditions originales. A ces manuscrits
(qui représentent trois quarts des manuscrits
conservés) s'ajoutent 3 à 4 000
estampes et plus de 7 000 volumes, avec toutes
les éditions originales imprimées
des œuvres de l'écrivain, l'ensemble
des éditions de ses œuvres en langues
étrangères ainsi que les études,
thèses et bibliographies sur l'écrivain
et son œuvre. Le développement de
ce fonds est l'une des priorités de la
bibliothèque, qui gère et anime
également le Musée Stendhal avec
un fonds d'acquisitions commun.
Les collections par support
Les manuscrits
La bibliothèque municipale
de Grenoble compte 20 700 manuscrits.
Les manuscrits médiévaux de la
bibliothèque ont essentiellement deux
origines : la bibliothèque de la Grande
Chartreuse et celle de l'évêque
de Grenoble, Mgr de Caulet.
Dans le fonds de 400 manuscrits provenant de
la Grande Chartreuse, on compte 43 bibles dont
certaines datent du XI et XIIème siècle.
Beaucoup de ces bibles sont remarquables par
leur calligraphie et leur décoration.
Outre la Bible, les moines ont notamment copié
les commentaires des Pères de l'Eglise
: saint Ambroise, saint Jérôme,
saint Augustin, saint Grégoire le Grand,
ainsi que des psautiers, des missels, des bréviaires.
Enfin, un certain nombre de compilations juridiques,
tel le Décret de Gratien, qui réglaient
l'organisation de la communauté monastique
et de l'Eglise, firent, tout au long du Moyen-Age,
l'objet de calligraphies soignées et
d'ornementations, parfois inattendues.
Le fonds de manuscrits profanes du Moyen Age
provient, dans sa partie la plus luxueuse, de
la collection constituée par Jean de
Caulet. Celui-ci appréciait les manuscrits
artistiques et les riches décorations.
Il parvint entre autres à recueillir,
outre une remarquable collection de livres d'heures,
le manuscrit des commentaires de saint Thomas
d'Aquin sur la Métaphysique d'Aristote,
un exemplaire du Roman de la rose illustré
de nombreux dessins. L'exceptionnel manuscrit
sur papier du Champion des dames de Martin le
Franc a vraisemblablement la même origine.
La passion de la collection avait amené
Mgr de Caulet à dépasser la simple
érudition et à acquérir
des manuscrits précieux où l'image
primait sur le texte. Héritage remarquable,
donc, qui offre un magnifique reflet de la culture
laïque du Moyen Age.
Les livres
Les incunables :
Ce
sont les premiers imprimés (avant 1500).
La collection de la bibliothèque se compose
de 624 ouvrages dont 326 proviennent du monastère
de la Grande Chartreuse et quelques uns des
couvents supprimés de Grenoble, Crémieux
et Bourgoin. Cette collection a la particularité
de posséder six unica (éditions
en exemplaire unique), dont la célèbre
Danse macabre de Guy Marchant.
Les autres imprimés :
Parmi les points forts des
collections d'imprimés, on relève
:
- les premières éditions provinciales
et premiers livres imprimés (incunables)
à Lyon, Abbeville, Dijon, Grenoble
- un grand nombre d'éditions originales
des grands auteurs français : Villon,
Ronsard, Du Bellay, Montaigne, d'Aubigné,
Malherbe, Descartes, Corneille, Molière,
Pascal, La Fontaine, Boileau, Racine, Bossuet,
Marivaux, Voltaire, Rousseau, Chateaubriand,
Stendhal, Baudelaire, Zola…
- des Mazarinades (un des plus beaux fonds de
France, 4 520 pièces)
- des livres à figure et d'emblèmes
des XVI, XVII et XVIIIèmes siècles
- des livres de voyages et atlas de toutes époques
Quelques fonds
remarquables :
- L'art et l'archéologie du XIXème
(Fonds Général de Beylie)
- La numismatique (fonds G. de Manteyer et Girard)
- L'histoire du livre (Fonds H. Gariel et U. Chevallier)
- Les jeux (Fonds Alliey auquel s'ajoute une quinzaine
de plaques du XVI et XVIIème siècle
servant à l'impression de cartes à
jouer à Grenoble)
- Le fonds Augustin Blanchet (papetier à
Rives en Isère) comprend 885 volumes sur
l'histoire et la technique du papier
- Le fonds Chenavas contient 1821 documents sur
Mandrin (Index), essentiellement du XVIIIème
siècle, et toute une documentation sur
la plaine de la Bièvre.
- Le fonds Guy Allard, dont les manuscrits du
XVIIème sont relatifs à l'histoire
et à la généalogie du Dauphiné
Et quelques thèmes
particuliers :
- Les Finances et l'administration de l'Ancien
Régime
- La Réforme
- Le Jansénisme
- La liturgie
- Louis XVII
- Le Saint-Simonisme, le Fouriérisme, le
socialisme
- La Commune
- Weimar et le nazisme
- La littérature italienne
Les périodiques
Parmi les 1 500 titres de
périodiques, il faut relever un bel ensemble
de journaux français d'Ancien Régime,
de nombreux journaux de la Révolution
et une importante collection de presse dauphinoise.
Les périodiques dauphinois ont été
microfilmés.
Les monnaies et médailles
Longtemps dépositaire
d'un Cabinet des Antiques provenant de l'ancienne
abbaye de Saint-Antoine-en-Viennois, la bibliothèque
est détentrice d'un riche médaillier
de près de 20 800 pièces et 900
médailles, particulièrement riche
sur le plan local. Au sein de cette collection
se distinguent les monnaies féodales
dauphinoises, les monnaies des souverains du
Dauphiné et les monnaies à la
frappe de Grenoble, Crémieu et Montélimar.
Les collections iconographiques
Elles
sont très riches, tant dans le domaine
général (35 000 portraits et paysages)
que sur le plan local : environ 50 000 cartes
et plans, estampes, dessins, affiches et maquettes,
cartes postales, photographies, autant de témoignages
sur la province, parcourue en tous sens, et
sur les Dauphinois célèbres ou
moins connus. Retenons la richesse du fonds
d'atelier laissé par l'artiste Diodore
Rahoult (1819-1874) et les graphismes variés
des affiches touristiques et commerciales, signées
parfois de noms prestigieux.
La bibliothèque est également
dotée d'un fonds exceptionnel de 25 000
clichés sur verre que la Société
Dauphinoise d'Amateurs Photographes lui a remis
lors de sa dissolution - clichés exécutés
par ses membres entre 1890 et 1920. Les photographes
pionniers de la région, doublés
de fervents alpinistes, laissent trace de Grenoble
et des massifs alpins, de leurs activités
et de leurs habitants eu au tournant du siècle.
Cartes anciennes
Parmi les cartes anciennes
(1 400 environ), les documents locaux sont les
plus nombreux et les plus intéressants.
Deux exemples : le plus ancien plan connu de
Grenoble (manuscrit de 1536) et les relevés
topographiques du XVIIIème siècle,
effectués au lavis par les officiers
du Génie.
Objets
Citons les deux globes remarquables du XVIIème,
œuvre de Arnold Floris Van Langren, exposés
en salle de recherche.
Le fonds de bibliophilie contemporaine
La bibliothèque
municipale de Grenoble collectionne les ouvrages
de bibliophilie contemporaine : 800 ouvrages sont
conservés. On y relève l'ensemble
des œuvres illustrées par Matisse
(dont Jazz), ami du musée de Grenoble,
et de nombreux livres illustrés par des
sculpteurs et peintres de renom (Zadkine, Antoine
Bourdelle, Aristide Maillol (Virgile), Auguste
Rodin, Nicolas de Staël, Juan Gris (Reverdy),
Fernand Léger (Blaise Cendrars), Georges
Braque (René Char et Saint-Pol Roux),…
L'œuvre de Marc Pessin, graveur, peintre,
poète à Saint-Laurent du Pont (Isère)
y est très bien représentée.
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